Le film V pour Vendetta (dont vous pouvez trouver un résumé et une critique sur le blog d'Olivier acompagné d'une critique sur laquelle vous pouvez discuter) présente quelques lacunes idéologiques. Il semblerait qu'une mystérieuse influence se soit exercée sur le scénario (les producteurse ?) car dans la Bande Dessinée le personnage de V est franchement beaucoup plus engagé et beaucoup moins hermétique. Il revendique quelque chose. Le terme d'Anarchie, présent dans le logo V, est clairement mentionné. Toutefois, la seule allusion à l'anarchie se fait par l'intermédiaire d'un vol à main armée.

Il y a un passage du film que j'ai beaucoup apprécié. L'élocution de Vendetta est très travaillée et j'en veux pour preuve ce passage :

"Voilà ! À première vue je ne suis qu'un vulgaire comédien de vaudeville, à qui les vicissitudes de la vie font jouer le vilain et la victime et vice-versa. Ce visage, n'est pas que le vil reflet de ma vanité mais un vibrant vestige de la vox populi aujourd'hui vacillante et vaincue. Vous devez y voir, les vieux restes d'une vexation vieillissante aussi vive que vivante et vouée à vaincre cette vermine vulgaire vivace virulente et vénale qui vivote en privant ces valeureuses victimes vaincues de la vérité et des vraies valeurs ! Le seul verdict que je vois est la vengeance. Une vendetta violente brandi tel un ex voto et non en vain visant à faire vaincre la vertu face à cette vilenie lovée dans les veines de nos villes. Ces vagues vocales faisant de moi un ventriloque vosciférant ces volutes verbales, revenons-en à l'essentiel. Je suis honoré de vous rencontrer alors pour vous, je serais V.»

Même s'il ne s'agit pas d'un tautogramme parfait, il demeure néanmoins trés appréciable. La répétition de la consonne fricative sonore V donne immédiatement un effet d'éloquence. Les frères Wachovski travaillent énormément sur leur dialogue. Matrix était déjà un exemple probant avec les joutes verbales entre Morpheus et Néo ou encore Néo et Monsieur Smith. Il ne s'agit pas de faire de la grandiloquence, il s'agit simplement d'imprégner le discours, de le marquer. Depuis la création de ce blog, j'ai eu l'occasion de parler de Louis-Ferdinand Céline. Je ne peux m'empêcher d'établir un rapprochement entre ces deux langues, magnifiques à entendre mais aussi à déclamer. "Ca a débuté comme ça" nous dit Céline, retour des C et puis l'abondance des "rien" dans les premières lignes... Un travail immense, colossal sur la langue. Aragon doit d'ailleurs s'inspirer de Céline quand dans les années 40, il compose Aurélien, il tente d'oraliser sa langue, il procédera d'ailleurs à des lectures publiques de son roman.

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