Vidéo envoyée par cineFA

Le labyrinthe de Pan est un film double. Il joue sur le tableau d'une réalité historique (la fin de la Guerre d'Espagne) mais aussi sur une dimension merveilleuse. Pourtant, ce film n'a rien de féérique. Les scènes de violence sont très intenses (l'exploitation du mal et de la violence dans le fascisme est une thématique très connue pour les Balaguero, Pasolini, Visconti etc) mais ne comportent pas une dimension idéologique affirmée c'est-à-dire qu'il n'y a pas un monopole de la violence.

La performance de Sergi Lopez est juste, bien dans le ton. Il campe un général fasciste, très nerveux, très incisif qui n'hésite pas à littéralement "éclater la tête" d'un homme qu'il soupçonne d'être républicain. On retrouve des thématiques chères au cinéma, la jeune fille innocente en péril, la belle femme révolutionnaire qui fait les agents doubles. Cependant, Guillermo del Toro ne tombe jamais dans la banalité. Il parvient à relancer l'action, à la maintenir.

La fééerie est particulière, pas de fée clochette qui circule dans l'air en laissant traîner sa poudre d'or. On a à faire face à un faune, créature en laquelle on ne peut avoir confiance. Les trois épreuves qu'Ofélia doit affronter font figure de voyage initiatique pour se découvrir soi-même. Ofélia est l'enfant qui apprend qu'elle vient d'un autre monde, un monde dans lequel elle est fille de Roi. Il s'agit pour elle de fuir la réalité franquiste en affrontant les épreuves du faune.

Guillermo del Toro s'attaque une nouvelle fois au rôle de l'enfant dans une guerre civile (après l'Echine du Diable). On a une mise en parallèle de deux mondes. Il n'y a pas, comme dans le Monde de Narnia, une création d'un monde que l'on qualifierait de perpendiculaire, à savoir un monde radicalement différent. La thématique du mal présente dans le monde réel se retrouve de manière authentique dans le monde créé et ce n'est que la mort dans le monde réel qui permet de franchir la frontière. Si Le Monde de Narnia et Harry Potter proposent de franchir un miroir (ou un mur, celui du chemin de Traverse) pour parvenir à intégrer la nouvelle réalité. Ici, on est en présence d'un labyrinthe, c'est-à-dire d'un outil de passage traitre. Le mal est bel et bien présent dans le Monde de Narnia et dans Harry Potter. Harry ressent l'école de Poudlard comme sa propre maison mais est persécuté par Severus Rogue, Malefoy mais aussi les événements troubles initiés par Voldemort. Dans le monde des moldus, Harry ressent l'oppression au contact de sa famille. Dans le Monde de Narnia, on fuit un monde en guerre pour entrer dans un autre monde totalitaire (vol 1 et vol 2).

Néanmoins, la féerie dans Narnia et Harry Potter est largement colorée. Nature qui revit, animaux parlants mais aussi bonbons, inventions diverses et variées etc. Dans le labyrinthe de Pan, la féérie est sombre. L'action se déroule dans le secret, la nuit. C'est l'ambiance des résistants, de l'action secrète, de la crainte d'être surprise à n'importe quel moment. Alfonso Cuaron crée d'ailleurs cette ambiance dans le troisième volet de la réalisation d'Harry Potter.

De manière indéniable, le Labyrinthe de Pan est un film de qualité, vraiment riche dans l'exploitation de ses thématiques. C'est un film pensé avec intelligence où l'on ne sent pas l'omniprésence du producteur ce qui se fait plutôt rare ces derniers temps.