26 novembre 2008
Archives en fragments
Parfois, on trouve un vieux dessin que l'on a fait en maternelle et on s'exclame "j'aurais fait ça, moi?". Là, il s'agit d'un texte du Léopold lycéen.
"J'allumais une lumière morbide, puis une cigarette. Une tâche de néant me parcourait le dos, faisant vibrer ma colonne vertébrale et chanter une vieille complainte. Une chimère sourde, brûlante de sa maladie exhalait un dernier soupir, sifflant, bêlant, tambourinant dans un rythme exotique contre le marbre de la nuit. Je ne ressentais plus cette saveur enivrée de liberté. Le rouge de la cigarette, le noir de la nuit, deux bannières inconciliables. Et pourtant, ça procurait une sensation de fraîcheur, un vent timide et frénétique à la fois, une chaleur… Une confusion en définitive. Derrière moi, y avait des morts, des milliers de morts, tous hommes déchirés par la politique, maladie infantile de la liberté, de la fraternité. Je ne pourrais pas revivre. Peut-être est-ce là mon sort, peut-être que cette hauteur est tentante parce qu’elle est inconnue ? La cyclicité est une ennemie redoutable, elle nous excentre, pulvérise la fragmentation aliénée de nos espoirs, de nos aspirations. Au milieu s’épanche verbalement, tel un loup serpenté, ce poème vigoureux, ce poème lancinant d’une humanité fiévreuse. Les peuples sont de vieux villages. Ni plus ni moins qu’une accumulation de chaux, chaux gastrique parfois. Le pire c’est lorsque cette chaux n’est pas blanche, qu’elle se soudoie à une grisaille nauséabonde, boueuse. Une condescendance adjectivale, infinitive. La cigarette se transformerait volontiers en cendres, emportant dans sa longue descente mon corps, tas de ruines, fleur fanée et sauvage. Rachel disparue, exilée dans une atmosphère conciliante. Mais moi, où suis-je ? Ne suis-je pas le rêveur, l’homme solitaire ? Sombre drapeau d’une génération clouée à la mort, à la lente consommation d’un vitriol stupéfiant. "
25 novembre 2008
La Bruyère, remarque 27, Du mérite personnel
"Tu te trompes, Philémon, si avec ce carosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te suivent, et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que l'on t'en estimes davantage ; l'on écarte tout cet attirail qui t'est étranger pour pénétrer jusqu'à toi, qui n'est qu'un fat."
24 novembre 2008
La tâche qu'on ne peut effacer...
Je viens de voir chez Materlinck, puis chez Bernanos cette image d'une tâche que l'on ne peut effacer. On tente tout ce qui est possible pour la faire disparaître mais elle demeure. Elle symbolise une souillure, une corruption. D'ailleurs chez Dostoïevski dans les Démons, cette tâche va jusqu'à s'accroître et prend la forme d'une immense araignée rouge qui terrorise Stavroguine.
On doit retrouver un même type d'image chez Shakespeare, dans Macbeth certainement avec le sang. Le sang se répand, atteignant jusqu'au visage du meurtrier, il devient sujet 'blood will have blood'. C'est tout un esprit de la souillure, de la fatalité l'accompagnant qui est mis en avant. Avez-vous d'autres exemples? Je suis bien évidemment preneur.
23 novembre 2008
L'Etat-spectacle
Je relisais certains travaux, j'avoue rester assez perplexe face à la dernière idées. L'aspect rédigé est trompeur, c'est un travail assez émondé, une sorte de canevas.
"L’Etat-spectacle symbolise une profonde dépolitisation du lien de l'homme avec le pouvoir en fondant le rapport des dominants aux dominés sur des notions purement empruntées au culte de la personnalité. Ainsi, la politique n’est plus la confrontation virulente voire même sanguinaire (exemple des guerres civiles du 20ème siècle) d’idéologies impersonnelles (le communisme, le socialisme, le fascisme…) mais la confrontation médiatique et stérile d’hommes ou de femmes usant avec plus ou moins d’efficacité d’arguments démagogiques.
La notion d’Etat-spectacle est permise par l’implication nouvelle de la famille dans les sociétés modernes. La famille, loin de remplir ses fonctions initiales de socialisation, a accoutumé ses membres à percevoir le monde comme étant une vaste famille si l’on se réfère aux travaux d’André Burguiere. Le corollaire de tout ceci est qu’il n’y a plus de lien social entre les individus simplement une recherche de la paternité, de la maternité ou de la fraternité chez autrui. "
22 novembre 2008
Céline, la rue
"C'est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue."
Louis-Ferdinand Céline, Semmelweiss
20 novembre 2008
René Char sur le poète, entretien avec France Huse (1980) : extraits!
Et le rôle du poète?
Les poètes sentent les choses. Nous avons été préparés à ressentir plus profondément les choses, à en être marqués. Nous ne sommes pas des moralistes, mais des annonciateurs, comme Baudelaire, Rimbaud, Nietzsche. La poésie requiert un état de disponibilité totale, de chaque instant. Il faut être à l'écoute pour devenir le réceptacle de sa parole. On a un frisson quand on sent monter l'eau poétique. On éprouve cette sensation de n'avoir plus pied sur terre... Quand on marche dans l'eau, le fondement de l'existence n'est plus le même!
Existe t-il un risque de se tromper?
Seulement si l'on triche. Certains poètes trichent : Cocteau qui met tel ou tel mot parce qu'il fait bien, par exemple. Je ne triche jamais. Il m'est arrivé d'attendre six mois un mot ou une formule par exemple la chute de Congé au vent : "Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l'humidité de la Nuit?" Cette chimère de l'humidité de la Nuit m'a donné beaucoup de mal. C'est l'exigence de la poésie. Une exigence absolue. Aucun mot n'est gratuit. C'est au moment où une poussée inconnue les porte au-devant de nous-mêmes que l'on sait que ces mots sont vrais, absents du sentimentalisme, de fausse brillance - le faire-joli. Ensuite vient le travail, car l'euphorie poétique ne donne qu'une infime part. Il faut laisser souvent reposer pour mieux pouvoir reprendre. La poésie vient sans qu'on puisse savoir quand.
Comment définir la part active du travail?
A émonder. Tous les poètes tiennent à leurs mots, mais il faut émonder."
19 novembre 2008
Avis au lecteur
Depuis quelques temps, je suis dans l'impossibilité de répondre à vos commentaires. Ce manque de temps me désole mais je tenais tout de même à vous remercier pour toutes vos contributions. Je suis heureux de vous lire à chaque fois, vous enrichissez cette espace et faîtes de ce blog un lieu vraiment intéressant pour moi.
Je remercie aussi les nouveaux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'aller saluer sur leur bout de net. Je vous laisse avec la couverture de l'édition du Printemps des Poètes 2007, centenaire de René Char :
18 novembre 2008
Réforme des concours de recrutement
Un professeur de langue pourra devenir professeur sans avoir eu à montrer qu'il savait pratiquer sa langue à l'oral. Les étudiants perdront une année de stage et deviendront titulaires directement après le master. Ils perdent une année d'apprentissage pratique et 15000 euros. Les filières recherche vont être complètement massacrées par les filières pros. Les futurs docteurs sont, pour le gouvernement, ceux qui auront râté le CAPES. Le gouvernement vient de créer un plan Campus qui concerne 1 université sur 4, les trois autres sont laissés de côté. Grossomodo : Lille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Lyon, Grenoble, Strasbourg, Paris et Rennes (?) sont les 10 Universités qui ont un droit de survie. Les autres ne serviront qu'à préparer des enseignants.
Plus réforme du statut des "profs de fac", ils devaient faire 192h annuels, ils pourront faire jusqu'à 384 heures (le double...). 384 heures de cours + 1152 heures de préparation, correction + 384 heures de recherche + 100 heures d'administratif = 2020 heures annuels, soit 38 heures semaine sur 52 semaines, soit 57 heures semaine sur 35 semaines... Le seul responsable de tout cela est le Président d'Université. A quand une nomination par le président lui-même?
Quel monde! Quel monde! Et tous ceux qui s'opposent à cette réforme en faisant grève, en faisant des manifestations sont d'après le philosophe officiel de l'UMP des "séniles". Maintenant la tendance est plutôt à terroriste, anarcho-autonome.
Pendant ce temps-là, en sarkozynie, un nourrisson de trois semaines est arrêté et placé en rétention (avec ses parents) pour être sans-papier. Au fait, j'ai un scoop, votre pouvoir d'achat en 2009 continuera sur sa lancée de 2008, pas de réforme pour lui.
17 novembre 2008
Garcia Lorca
Je tenais à remercier Une Princesse pour avoir réactiver sa fameuse chronique dominicale "Un dimanche, un artiste", un remerciement d'autant plus fort qu'elle a évoqué, brièvement certes, Garcia Lorca. J'espère que les prochains dimanches poursuivront cette démarche et que les articles seront encore plus conséquents :)
Pour la rubrique "Un dimanche, un artiste"
16 novembre 2008
Travail
Travail, du latin tripalium, instrument de torture à trois pieux.
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'La peur de l'ennui est la seule excuse du travail' Jules Renard






