Au beau milieu du Conseil où le débat était, je vous l'assure, tout à fait passionant, je lève les yeux vers ce ciel et une citation me revient dans la tête : "Sauvage est la proximité du sacré". Et là c'est le déclic, une autre arrive plus foudroyante que jamais "Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes". Mais qui suis-je pour oser affirmer cela? Sauvage est la proximité du sacré, sauvage est la proximité du sacré... j'ai un mal de crâne absolu, je sais exactement d'où ça vient, où j'ai découvert cette citation, un jour sur la toile. Je ne peux m'empêcher de me dire qu'aujourd'hui je suis dans le faux, un faux perpétuel. J'ai perdu le sacré, je ne vois plus le sauvage. Solko écrivait parlait d'une rivière polluée chez Char, mais j'en suis le responsable, je la pollue perpétuellement en tâchant de me l'approprier, en tâchant vainement de la comprendre. Je suis comme tous ces gens qui vont à la mer et qui passent leur journée sur le sable en se plaignant de la chaleur, du soleil et qui, une fois en hiver prenne la position la symétriquement opposée. Car oui, il faut le dire, au lieu d'aller me baigner dans cette rivière, je la regarde, j'essaye d'attraper de l'eau. Evidemment là, vous vous dîtes que vous lisez le journal d'un fou. Fou, peut-être pas, mais con, tout à fait.

Je ne vois plus le sauvage car j'ai tenté de dompter le sacré, de le domestiquer. J'ai voulu faire de tout ce qui était ma vie une étendue qui faisait sens mais cela ne se peut. Le sens jaillit ici, putain c'est maintenant parfaitement clair. D'abord j'ai constaté cette absurdité, je voyais Sisyphe et des larmes me venaient aux yeux, puis la plus immense des joies s'est emparée de moi lorsque Camus a filé à Sisyphe la possibilité d'être un juste. Tout s'éclaircissait et pourtant demeurait, non loin de là, un doute perpétuel sur le vrai. Je cherchais tel Thoreau la vérité, une vérité énigmatique au milieu des valeurs, des croyances. Je n'ai rien trouvé d'autre que l'amour. Je me demandais comment une chose aussi répandue, un acte devenu aussi machinal pouvait être la clé. Je voulais y croire et d'ailleurs je lançais cette idée dans bien des lieux, y compris sur certains blogs. Au fond de moi un doute subsistait, comment faire de l'amour la terre promise, le lieu d'accueil de toutes mes espérances? La réponse arriva peu à peu, se dissimula dans mon subconscient, je la voyais dans les rares rêves que je ne contrôle pas. Elle était là, Dieu qu'elle était belle, je la touchais, la caressais, je lui fis même, une nuit, l'amour... C'est pour dire, tout était réuni dans cette confession absurde que je fis un jour en lisant Raskolnikov. Cette boue qui le reçevait, il exisait sur terre un endroit où la même chose m'était destinée.

Il est plus que jamais vital pour moi de vider de mon âme tout ce qui relève du sacrilège, de la domestication, finalement tout ce qui cause en moi la haine, l'envie, l'ambition. Je me suis fait pourrir le jour où j'ai intégré dans mon langage la notion de société, pire encore le jour où la politique a pointé son nez. Je suis dès lors entré dans une profonde décomposition, une forme tout aussi absurde de vie que celle que je quittais. Non, dans la révolte, il n'y avait rien de bon, les Justes n'avaient d'intérêt que dans leurs morts, c'est là qu'ils voulaient vivre. Dora, combien de fois j'aurais voulu lui dire que son enfance, je l'avais connu et que comme elle je crois qu'à la mort, on revivra ça.

Je dois m'éloigner de mon blog pour me retrouver. Je prends un congé sabatique en quelque sorte, je mets ce blog en veille jusqu'à nouvel ordre. Je le retrouverai un jour, un certain jour comme le dit  si bien Frasby. D'ici là, j'aurais profondemment changé, du moins je l'espère...